Visite de Neustadt 2013

Neustadt an der Weinstraße peut se vanter d’être la capitale du bon vin avec une superficie en vignoble qui ne lui est disputée que par sa voisine Landau. Il suffit de faire une petite promenade  au sein de la cité pour vite se rendre compte que le vin et la vigne en sont le principal ressort économique mais aussi son âme.

Commençons par la salle des fêtes, le « Saalbau » qui est le théâtre de l’élection de la reine allemande du vin et de ses princesses. Personnalité de premier plan, la reine du vin est élevée au rang d’ambassadrice du jus de la treille en Allemagne et bien au-delà des frontières! Un peu comme Francfort qui s’enorgueillit de son Kaisersaal où l’on élisait les empereurs du Saint Empire, Neustadt  couronne chaque année en septembre la « Deutsche Weinkönigin» dans une atmosphère de liesse, face à la gare, où l’on érige à cette occasion un village en planches, les fameuses « Heiselche », dont la simple évocation fait saliver les habitants du lieu.

Il faut dire que le vin donne de l’imagination, par exemple, les Ellwetritschen, figures fantasmagoriques et capricieuses de la forêt y ont élu domicile sur une place, où une fois l’an le vin coule des mamelles de leur reine ! On peut alors s’imaginer l’empressement de la gente masculine pour remplir son « Schoppenglas » d’un aussi charmant robinet. Sur la place de la mairie, un lion, cadeau de la Bavière à la ville, arbore au bout de son appendice caudale, facétie du sculpteur,  une grappe de raisin ! Il faut dire que pour les Bavarois grands buveurs de bière devant l’éternel, un lion du Palatinat doit pouvoir se distinguer d’un lion bavarois qui trempe ses moustaches dans la bière. La Bavière a  en effet joué un rôle important pour la région puisque après la défaite de Napoléon à Waterloo, la charmante province échut au royaume de Bavière et ce, jusqu’après la première guerre mondiale et, même si l’emprise administrative n’existe plus, notre guide, a su nous faire comprendre dans son accent munichois que la Bavière restait encore attachée à sa province rhénane perdue.

Cependant ce n’est pas au Riesling, ni à une bavaroise que Neustadt a dû son salut lors des guerres de succession du Palatinat, mais bien à une fille du cru, la belle Kunigunde Kirchner, fille d’un bourgeois de la ville. Alors que les armées de Louis XIV et de Louvois ravageaient la région, semant la terreur et brûlant tout sur leur passage sous les ordres du sinistre Mélac, l’ordre avait été donné à l’officier Jean-Pierre de Werth de raser la ville et d’anéantir toute vie y séjournant. Grâce à la présence d’esprit des édiles locaux en proie au plus grand désespoir, un plan audacieux, mais imparable, fut échafaudé.

La réputation de beauté et de grâce de Cunégonde n’était plus à faire, aussi fut-il décidé de l’envoyer négocier avec l’officier. Celui-ci tomba immédiatement sous le charme de l’ambassadrice au point de lui offrir et son cœur et la préservation de la ville et des habitants au plus grand mépris des ordres venus d’en haut. On ne sait pas si toutefois, en plus des charmes de la dame, le vin n’avait pas eu à jouer son rôle dans ce sauvetage de dernière minute. Quoi qu’il en soit, Neustadt fut la seule ville du Palatinat à avoir échappé à la destruction, et ce, pour les beaux yeux de Cunégonde que l’on rencontre aujourd’hui dans la ruelle qui porte son nom, face à un beau et noble officier transi d’amour. Déjà un couple franco-allemand! Déjà l’amitié qui triomphait de la brutalité, des précurseurs du traité de l’Élysée en quelque sorte!

La tête pleine d’histoire, la vingtaine de participants a du se frayer un passage dans la foule pour rejoindre le Restaurant situé sur la montagne du Haardt alors que le “Mandelblütenfest” battait son plein, autre moment fort de la vie culturelle locale. Les joyeux convives n’ont pas oublié de faire honneur bien sûr au bon vin et de boire à la santé posthume de Cunégonde.

Claude Chapat